Quelle ville voulons-nous ? Pour un urbanisme écologique, exigeant et inclusif


Le cœur des grandes métropoles est devenu difficile à vivre. On ne compte plus les familles qui décident de partir de Paris, voulant offrir à leurs enfants, des espaces de jeux, de plein air et voulant fuir la pollution de l’air, le bruit et les logements trop petits et trop chers.


A l’instar des réflexions sur la révision du PLU de Paris, nous devons repenser l’aménagement des grandes villes, pour un urbanisme qui conjugue la lutte contre le dérèglement climatique et la préservation de la biodiversité, qui prenne en compte le besoin en logement abordable et de qualité, et le lien entre la santé des habitant·e·s et leur environnement. Il est donc temps d’agir au niveau législatif national, en complément des actions locales dans les circonscriptions parisiennes.


  1. Repenser la loi SRU (Solidarité Renouvellement Urbain) pour créer plus de logements sociaux. Paris s’occupe mal des plus démunis. Alors que la France a un arsenal juridique en faveur du droit au logement, les plus pauvres, les personnes fragilisées et à la rue, les migrants n’ont pas de toit à Paris. En effet, Paris n’atteint pas encore son objectif de 25% de logements sociaux (21% actuellement) et les logements sont insuffisamment destinés aux plus pauvres (PLAI). Il faut dépasser le seuil de 25% de logements sociaux, en poursuivant la création de nouveaux logements, via la préemption dans le diffus notamment à Paris (acquisition-réhabilitation et acquisition-conventionnement). Nous changerons également le mode de calcul afin que le taux légal s’applique au résidences principales et secondaires, et non principales seulement comme actuellement. Il faut à Paris privilégier les arrondissements qui sont actuellement sous-dotés (Centre-5-6-7-8-9-16), donner la priorité à la création de PLAI, notamment familiaux. L’État pourrait dans certains cas se substituer aux communes/arrondissements carencés pour l’obtention des permis de construire et la construction de logements.

  2. Renforcer le droit au logement en créant une garantie universelle des loyers, en soutenant l’encadrement des loyers, en limitant les AirBnB. Pour rendre le logement accessible à tou·te·s, instaurons une Garantie Universelle des Loyers qui mettra en place une garantie publique financée à parts égales par les propriétaires et l’État, permettant d’indemniser les propriétaires en cas d’impayés. Cette garantie sera financée à travers une cotisation de 1 à 2 % du montant du loyer, les fonds seront perçus par un organisme public. Nous renforcerons les dispositifs d’encadrement des loyers, nous élargirons le nombre de communes classées en zones tendues où le montant du loyer ne pourra pas excéder de plus de 20 % le montant des loyers médians.

  3. Assurer l’engagement de l’Etat sur ses propres équipements : les hôpitaux, les gares. Le patrimoine de l’état ne doit pas être vendu à des propriétaires privés mais conservés et repensés selon des objectifs patrimoniaux (respecter l’histoire), écologiques (végétalisation au centre de la conception) et sociaux (équilibre des usages et qualité de l’espace). La circonscription est très riche de ce patrimoine et de ces enjeux.

Exemple 1 - Quartier des 3 gares (Nord, Est et RER) – En sus du réaménagement de la Gare du Nord, revu grâce au combat des écologistes entre autres, faire du quartier un grand pôle d’équipements publics. Créer des parkings vélos sécurisés et correctement dimensionnés dans les 2 gares. Développer des marchés sur les parvis, alimentés par des commerces du Nord et de l’Est, en partenariat avec la SNCF. Créer un pôle de services publics au 168 Lafayette : bains douche, bagagerie, ESS. Prolonger les jardins de la rue d’Alsace vers la Rue de l’Aqueduc, via une passerelle. Installer des panneaux solaires sur les toits de la gare de l’Est. Déplomber le 169 rue Lafayette et y installer un projet alternatif. Installer un parking à vélo gardienné à la place du skate park peu utilisé Bvd de la Chapelle. Créer des passerelles pour accéder aux quais. Développer la surface de la déchetterie sur le Bvd de La Chapelle, et créer une ressourcerie.

Exemple 2 - Hôpital Fernand Widal – Céder cet hôpital à la Ville de Paris pour le transformer tout en lui gardant un rôle de service public. Créer un centre d’habitat inclusif, lieu de vie ou les habitants partagent des locaux communs tout en bénéficiant d’espaces de vie privatifs. Ce lieu veillera à accueillir des seniors, afin de conserver la vocation historique de soin du lieu. Y installer une maison de santé et un lieu dédié à de la recherche et innovation sur la médecine sociale et gériatrie. La configuration se prête très bien également à des locaux communs de type bibliothèque, cafétéria, ainsi qu’à l’installation de panneaux solaires sur le toit. Les grandes surfaces intérieures se prêtent bien à la création de jardins partagés. Par ailleurs, la configuration du lieu peut permettre d’y faire du bruit momentanément (événements temporaires). Le lieu pouvant être traversant, il faudra ouvrir le passage vers la gare de l’est. L’arrière présente le potentiel d’une nouvelle rue, dans le prolongement de la rue Philippe Girard.


  1. Renforcer l’arsenal contraignant le respect de la qualité de l’air. En sus des dispositifs de type ZFE, interdire le trafic de transit dans les zones dépassant les seuils légaux de qualité de l’air. Aujourd’hui à Paris, ce sont 2 500 décès prématurés par an qui sont causés par la pollution de l’air et pourraient être évités. Par exemple, la totalité des écoles de la ville de Paris sont exposées à des concentrations en dioxyde d’azote (NO2) qui dépassent la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en la matière. Il est par conséquent obligatoire de créer un dispositif de santé public interdisant le transit automobile dans ces espaces dangereux.

  2. Créer une obligation de planification et d’investissement dans l’espace public. Les villes ont aujourd’hui une obligation de réglementer l’urbanisme sur les parcelles privées (PLUi) mais ne proposent pas le même type de dispositifs pour les espaces publics. Aussi, les opérations sont-elles éparses dans le temps et dans l’espace, répondant à des orientations stratégiques et opérationnelles illisibles. Aussi ces politiques dépendent-elles des orientations politiques des villes. Ex : Lyon investit 141millions d’euros pour végétaliser son espace public. Alors que d’autres villes ont des politiques beaucoup moins ambitieuses. Nous demanderons l’obligation d’une planification à 10 ans de l’espace public, une requalification des espaces de voiries dédiés aux véhicules, souvent largement majoritaires dans les villes, au bénéfice d’usages écologiques et communs (piétons, vélos, végétalisation). Nous demanderons un plan d’investissement massif dans l’espace public dans les villes, afin de redonner vie et qualité à notre bien commun. A Paris, ce sont 1600 hectares qui sont dédiés à la voirie à ce jour, soit 50% de l’espace public, alors que seules 13% des distances parcourues le sont avec des véhicules. Dans la circonscription n°5, les espaces publics des quartiers de vie doivent être repensés afin d’annuler le trafic de transit et de rendre aux citoyens leur espace de vie.

Interdire les dark stores (magasins non ouverts au public qui servent d'entrepôts aux start-up du quick commerce, pour livraison de petite épicerie en moins de 10 minutes). Ces structures allient exploitation des employés, nuisances de voisinage, infraction aux règles d’urbanisme, concurrence au petit commerce. A Paris, il y a déjà 115 dark stores ouverts. De manière générale, nous devons être proactifs pour l’encadrement des livraisons à domicile point-à-point.


Par Hélène Lagoutte, habitante du 10e arrondissement de Paris

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