Moins de camions pour mieux respirer.

Dernière mise à jour : 23 mai

De la réduction de l’impact de la logistique urbaine sur la qualité de l’air– Comment acheminer les biens dans les centres urbains en passant par la sobriété.

En France, environ 30% des émissions annuelles de GES sont produites par les activités de transport. Ce secteur est également responsable de la majeure partie des émissions de particules fines et de NOx dégradant fortement la qualité de l’air que nous respirons, très particulièrement en zones urbaines. Il est donc urgent d’agir pour réduire l’impact néfaste du transport.


Souvent mis de côté dans les débats sur la décarbonation des mobilités en ville, le secteur du transport de marchandises représente à lui seul 9% des émissions de GES nationales. Même en favorisant les circuits courts et la production locale, la majeure partie des biens (alimentation, biens de consommation…) à faire parvenir aux citoyens vivant à l’intérieur des zones urbaines provient de l’extérieur des agglomérations. Il est donc nécessaire de penser à des solutions permettant aux produits d’être acheminés vers, de pénétrer, et de transiter au sein de la zone urbaine en ayant un impact sur la qualité de l’air et sur l’empreinte carbone le plus réduit possible.


Pour cela, il existe un panel de leviers, souvent complémentaires, à mettre en place :

  • Accompagner la baisse de la demande du transport (sobriété du transport) :

  • Relocaliser la production notamment agroalimentaire en favorisant la production régionale

  • Taxer le transport au km parcourus afin d’inciter les entreprises à utiliser et concevoir des réseaux logistiques réduisant au maximum les besoins en transport, et en fonction de l’énergie utilisée

Comment approvisionner la ville en préservant la qualité de l’air ?

  • Développer le fret ferroviaire

Aujourd’hui, moins de 10% du transport de marchandises sur le territoire est effectué par les trains (le reste par la route), alors que la France et l’Europe ont un des réseaux ferrés les plus complets et performants au monde. Transporter des marchandises par le train plutôt que par la route est en moyenne 9 fois moins émetteur de CO2 et réduit de moitié les particules fines et NOx rejetés. Des milliers de camions roulants au diesel peuvent être retirés des routes si l’on favorise l’usage du train pour le transport longue distance, international, interrégional, voire pour amener les marchandises en périphérie des agglomérations. Pour cela il faut :

  • Investir massivement dans les réseaux régionaux existants des agglomérations afin de permettre l’augmentation importante des flux à venir de personnes mais aussi et surtout de marchandises.

  • Développer des infrastructures permettant l’approche des trains de marchandises vers la proche périphérie des centres urbains, voire même en leur coeur en utilisant certaines gares ; ainsi la Gare du Nord et la Gare de l’Est pourraient être aussi utilisées pour le fret. ceci permettra d’augmenter les km parcourus avec de la marchandise massifiée et réduire les « derniers km », plus gourmands en énergie.

  • Pour les flux longues distances et impossibles par le train : Pour cela il est nécessaire de développer et encadrer la production française de BioGaz afin de réduire l’empreinte carbone de la part du transport routier restante. Cependant, un fort encadrement de cette activité doit s’imposer afin d’éviter les dérives d’industrialisation du secteur : réserver la production aux petits producteurs (agriculteurs…) pour lesquels cette activité ne peut pas devenir leur premier pôle de revenus (éviter de développer des purs « producteurs de déchets »).

  • Pour les flux courtes distances extérieurs des villes sans réseau ferré ou intérieur des villes gros volumes : favoriser l’usage des camions électriques (application stricte des ZFE par des systèmes de contrôles automatiques). Sur le long terme, le camion électrique peut être une solution pour des distances parcourues modérées, mais on ne doit pas inciter les constructeurs à faire la course à l’autonomie, car cela rendrait la production des batteries de plus en plus gourmande en énergie et surtout en ressources naturelles parfois limitées.


  • Pour faire transiter la marchandise à l’intérieur de la ville : développer la « cyclo-logistique » (sobriété énergétique).

  • Continuer et intensifier l’aménagement des pistes cyclables afin de permettre l’augmentation importante des flux effectués à vélo de manière sécurisée pour pouvoir également accueillir les vélos cargo.

  • Profiter de la suppression des places de stationnement en ville pour y installer des points de stockage/retrait sécurisés pour les marchandises destinées aux petits commerçants ou aux particuliers.

  • Massification jusqu’au dernier moment (sobriété du transport) : Aménager les espaces existants éligibles et non adaptés au logement en espaces de stockages afin de pouvoir y injecter des flux de marchandises massifiés au cœur ou à l’entrée de la ville, en faire un point de départ pour la cyclo-logistique et ainsi acheminer les biens vers les commerces et les particuliers sans faire entrer de véhicules motorisés (quels qu’ils soient).

  • Mutualisation (sobriété du transport) :

  • Inciter les entreprises à partager les moyens logistiques en créant des entités indépendantes mettant à disposition ces moyens (stockage urbain, transport…)

  • Développer les points de collecte type « points relais » et « Smart Lockers » pour réduire la demande de transport générée par la livraison web (éviter au maximum la livraison à domicile).


  • Réduction des emballages et du transport du vide : Réguler le transport de colis en fonction du rapport poids/volume (pour combattre le “transport du vide”) et la quantité d’emballages utilisés pour un produit donné. Un autre levier pour entraîner la réduction de la demande en transport.


  • La vérité les coûts de livraison : Non, la livraison n’est jamais gratuite. Il faut rendre obligatoire la publication en transparence des émissions complètes générées par la livraison lors des achats en ligne afin d’orienter les clients vers des modes de livraison plus vertueux (inciter aux points de retrait, click & collect, livraison plus lente…).

  • Diminuer les achats en ligne et les livraisons à domicile, qui génèrent beaucoup de flux de livraisons et du suremballage, et qui pénalise les commerces de proximité. Il est ainsi possible d’envisager une éco-contribution pour tous les achats en ligne et de stopper l’installation des méga entrepôts.


Tanguy Passini, Habitant Paris 10



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