Faire face à l'inflation en Europe

Dernière mise à jour : 7 juin



Pénaliser la première ligne d’intervenants face au covid : soignants, agriculteurs, employés de la grande distribution, des chaînes logistiques, enseignants, chercheurs…, serait paradoxal, voire profondément injuste. Or, c’est précisément ce qu’il risque d’arriver dans les tous prochains mois.

Le « quoiqu’il en coûte », certes légitime pour soutenir les secteurs les plus touchés par la crise, a gonflé artificiellement la masse monétaire et généré, par conséquent, une inflation en France et en Europe jamais vue depuis les années 70.

Au retour de l’inflation, s’ajoute la rareté des logements à Paris, des denrées alimentaires, des matières premières et des énergies fossiles. Qui sera le plus touché ? Le 1% dont le patrimoine moyen par tête excède les 6 millions d’euros, certainement pas ! Les 25 millions de Français dont les revenus se situent en deçà des 2000€ et dont l’épargne n’excède pas les 20 000€, très probablement.

De plus, cette inflation devrait provoquer immanquablement une hausse des taux d’intérêt de la banque centrale européenne (BCE), qui va surenchérir le coût des crédits immobiliers d’accession à la propriété, ainsi que la charge de la dette de l’Etat, obérant ainsi toutes marges de manœuvre pour financer la transition écologique et les mesures allant dans le sens du progrès social.

Telle est la situation à l’aune du second mandat d’Emmanuel Macron. A n’en pas douter, le pouvoir d’achat des plus modestes est gravement menacé.

Que faire ? La banque centrale européenne (BCE) a un rôle central…

La banque centrale européenne (BCE), actuellement pilotée par Mme Christine LAGARDE, a un rôle à jouer en matière d’inflation et de pouvoir d’achat.

Garante de la politique monétaire, la BCE a le pouvoir de racheter la dette publique. Elle mène depuis plusieurs années une politique monétaire accommodante basée sur le rachat des dettes d'Etat détenues par des investisseurs institutionnels. L'institution de Francfort a ainsi procédé aux rachats d'obligations dans le cadre de son programme d'urgence face à la pandémie.

Bien que l'inflation progresse en Europe, nous estimons qu'il faut poursuivre et renforcer l'action de rachat de titres par la BCE, laquelle permet de booster l'investissement public dans le domaine de la transition écologique.

Nous pourrions même aller plus loin. La crise du Covid-19 a conduit les instances internationales à mettre en place un plan de restructuration de la dette des pays les plus pauvres. De même, l’urgence sociale, provoquée par une inflation galopante en Europe, pourrait justifier que l’encours contracté par les Etats membres pour financer la crise du Covid soit annulé, via un abandon de créances.

Les économistes débattent sur le sujet. Les plus réservés opposent l’indépendance de la BCE garantie par les traités. Indépendante, elle n’est pas pour autant exempte de tout contrôle démocratique. Les parlements nationaux devraient avoir leur mot à dire sur les orientations prises.

Les statuts de la BCE n’interdisent pas formellement un abandon de créance. Toutefois, une décision de la BCE doit s’inscrire dans le cadre strict de ses missions. Or, dans ses statuts, la BCE a pour mission, outre la lutte contre l’inflation, de concourir au progrès social et à la protection de l’environnement, i.e. verdir l’économie.

Par conséquent, si l’Union européenne le décidait, la BCE pourrait effacer la dette Covid. Il permettra d’alléger le poids de la dette afin d’engager une transition écologique qui nécessitera d’importants investissements.

Réorienter l’Europe vers une fiscalité plus juste

Au-delà de la question de la dette Covid, nous voulons aussi réorienter l’Europe vers une fiscalité plus juste, à même de soutenir le progrès social et le respect des engagements de l'accord de Paris sur le climat, premier accord universel traitant du changement climatique et proposant des mesures pour ralentir ce phénomène.

Les firmes multinationales, en particulier les GAFA, réussissent le plus souvent à échapper à la taxation au titre de l’impôt sur les sociétés (IS), notamment dans les pays où se trouvent leurs clients. L'accord du 5 juin 2021 du G7-Finances a permis la mise en place d’un taux minimal de taxation des multinationales à 15%. Cette harmonisation fiscale de l’impôt sur les sociétés est un premier pas. Il n’est pas suffisant car il fait courir le risque d'une convergence des taux de l'impôt sur les sociétés vers ce niveau très bas. La France devrait se battre fermement pour un taux minimum d’au moins 25 %.

La dernière décennie a été marquée par une forte concentration du capital. Les 500 premières fortunes ont quadruplé et les grandes entreprises du CAC 40 ont enregistré des bénéfices records. Nous devons rétablir la taxation des patrimoines les plus élevés et lutter plus efficacement contre l’exode fiscal.

Mieux partager la valeur ajoutée

Par ailleurs, l’impact de l’innovation numérique, générant toujours plus de gains de productivité sur les chaînes de valeur, concourt à la croissance de la valeur ajoutée. Cette dernière est ensuite répartie entre dividendes, investissements et salaires, dont ceux, exorbitants, des grands patrons. Or, force est de constater que malgré le retour au plein emploi, les salaires du plus grand nombre peinent à augmenter tandis que l’inflation est désormais à 5% en France, provoquant une perte significative de pouvoir d’achat et, à termes, un choc politique et social dont nul ne peut prédire l’intensité.


Le sujet de la répartition de la valeur ajoutée devient crucial. Il conviendra d’organiser très rapidement une grande négociation salariale, par branche, et d’introduire une dose d’autogestion dans les entreprises ou, tout du moins, un intéressement des salariés aux résultats. Pour ce faire, le renforcement des syndicats et de l’ensemble des corps intermédiaires sera déterminant. Il est plus que temps de rééquilibrer le rapport de force.


Franck Sempé, Habitant du 3e arrondissement


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