Encadrer AirBnB pour retrouver des logements en centre-ville

Dernière mise à jour : 30 mai

Le bien immobilier est devenu un objet de spéculation d’un marché justement basé sur l’accumulation et la circulation (mobile) du capital. Notre «chez-soi» est pourtant aujourd’hui une marchandise fortement liée à un marché développé au cours du XXe siècle par la promotion immobilière, auquel on ne peut espérer accéder qu’en suivant des logiques financiarisées qui en imposent le fonctionnement.


Le bien immobilier est devenu un objet de spéculation d’un marché justement basé sur l’accumulation et la circulation (mobile) du capital. Notre «chez-soi» est pourtant aujourd’hui une marchandise fortement liée à un marché développé au cours du XXe siècle par la promotion immobilière, auquel on ne peut espérer accéder qu’en suivant des logiques financiarisées qui en imposent le fonctionnement.


Toutes les grandes villes de France subissent de plein fouet les conséquences d’une telle activité, les centres-ville se vident de leurs habitants au profit du tourisme de masse, les travailleurs sont contraints de s’éloigner supprimant ainsi tout semblant de mixité sociale et beaucoup sont laissés sur le côté, invisibles que l’état préfère ignorer plutôt qu’agir contre

des intérêts promus et installés depuis des années.


Prix du loyer et désertification: Schéma implacable de la spéculation immobilière


La spéculation immobilière explose depuis une vingtaine d’années, le prix de l’immobilier a suivi entre 2000 et 2020 un facteur plus de dix fois supérieur à l’inflation. La moitié du parc locatif parisien n’appartient qu’à seulement 3.5% des ménages et près de 40% des biens de la circonscription à des propriétaires possédant 5 logements ou plus.

En parallèle, Paris se déserte, entre 2013 et 2019, la 5e circonscription a vu diminuer sa population de 5 500 habitants (environ 5%) tandis que le gouvernement dénombre pas moins de 1 478 logements vacants de longue durée.


Cette spéculation est aujourd’hui plus que tout incarnée par le développement exponentiel des locations courtes durées. Paris est particulièrement touchée par ce phénomène, c’est la première ville mondiale sur la plateforme AirBnb avec 50 000 annonces dont 41 300 logements entiers. Rien de moins logique concernant un haut lieu du tourisme, cependant ces locations n’en sont pas moins une cause qu’une conséquence, AirBnB ne nuit par exemple pas aux hôtels, il s’agit en réalité d’un nouveau marché comme le démontre certaines études mettant en évidence que seule une infime part des locations courtes durées provient de la clientèle hôtelière (2-3%). A l’inverse, le marché locatif traditionnel souffre de la concurrence, louer en BnB est 1.5 fois plus rentable qu’une location meublée et 2.6 fois plus qu’une location nue, il ne s’agit bien évidemment pas des mêmes locataires, on oppose donc ici le marché touristique et le marché locatif, participant ainsi directement à une spéculation immobilière d’un nouveau genre.

Carte des logements Airbnb dans le 5e circonscription de Paris (3e et 10e)

Louer en AirBnB pour arrondir ses fins de mois ou financer ses vacances est devenu un mythe à Paris. En 2020 dans la capitale, 45% des commentaires sont déposés sur des annonces de multiloueurs, on estime que la moitié du parc Parisien est détenu par des % multiloueurs. Le nombre d’annonces appartenant à des monoloeur a baissé de 7% entre 2020 et 2021 tandis que le nombre d’annonces appartenant à des multiloueurs proposant entre 2 et 9 annonces à augmenté de 12% et 15% pour les multiloueurs proposant plus de 10 annonces.


On observe également un début d’effet «tache d’huile» avec l’arrivée du Grand Paris express, il est à prévoir une diffusion de l’activité vers les communes limitrophes.


Une situation juridique encore floue, plateformes et loueurs réticents à appliquer la loi


Les locations ne peuvent dépasser 120 jours par an pour une résidence principale. Cette mesure a fait ses preuves à Londres et Amsterdam qui ont vu leur nombre d’offres réduit d’un tiers. Cependant, un rapport du Sénat (2017) stipule que des modifications apparaissent indispensables pour renforcer la conformité du droit en vigueur aux principes constitutionnels et aux exigences européennes. Les auditions menées ont souligné que le contrôle de terrain des services communaux est délicat.par ailleurs, il n’existe actuellement aucune illicéité manifeste au fait de louer sa résidence principale au-delà de 120 jours, c’est également au loueur de transmettre le nombre de jours de location et le droit en vigueur ne prévoit aucune sanction des manquements à ces obligations.


Pour louer au-delà de 120 jours par an, le bailleur devra obtenir une autorisation de changement d’usage. Depuis le 1er janvier 2019, AirBnB annonce bloquer automatiquement les locations dépassant les 120 jours par an. En 2021 dans la 5e circonscription,seuls 23.2 % des locations respectent la règle des 120 jours par an sur AirBnB, en moyenne, les locations sont louées 258 jours par an pour un prix de 136 euros par nuit.


Depuis le 1er décembre 2017, il est nécessaire d’obtenir un numéro d’enregistrement (démarche en ligne) pour une location de courte durée à Paris. Aujourd’hui seulement 57% des annonces ont un numéro correctement enregistré.


Le numéro d’enregistrement, une lueur d’espoir


Depuis 2017, en application de la loi du 7 octobre 2016, les communes de plus de 200 000 habitants peuvent soumettre à un enregistrement préalable les locations de tourisme meublées de courte durée.


Le 1er juillet 2021, AirBnB verse à la ville de Paris une amende de 8 millions d’euros pour ne pas avoir imposé ce numéro d’enregistrement sur sa plateforme. Le même jour AirBnB déclare vouloir bloquer les calendriers des annonces sans numéro (les annonces ne sont cependant pas retirées).


On observe en juillet 2021 la plus forte baisse d’offres sur la plateforme : -17 % d’annonces. Le nombre d’annonces avec un numéro d’enregistrement valide était de 33% en février 2021 et 54 % en juillet 2021 (suite à l’amende) puis 57% en septembre 2021.


On observe par contre une augmentation du nombre d’annonces en bail mobilité (exempté de numéro d’enregistrement) 1% en février 2021 puis 7% en septembre 2021. Le bail mobilité (loi ELAN) est un bail signé entre le propriétaire d’un logement meublé et un locataire considéré comme occupant temporaire d’une durée de 1 à 10 mois. A noter que la plateforme n’intervient pas dans les démarches.


Un député de gauche et écologiste agira au sein de l’assemblée pour :

  • aider les collectivités concernées à lutter contre la prolifération des meublés très courte durée. Pour cela, imposons aux plateformes une transparence en transmettant leurs données aux communes, permettant ainsi d’avoir une réponse adaptée géographiquement.

  • renforcer la responsabilité des plateformes en s’assurant que ces dernières demandent aux loueurs des justificatifs lorsque ceux-ci se prévalent d’une autorisation de changement d’usage ou d’une exception à la règle des 120 jours, qui pourront être transmis aux communes; tout en vérifiant , à échéance régulière, de la mise en œuvre des engagements pris par les plateformes auprès du Gouvernement.

  • se donner les moyens de faire respecter la loi. La loi actuelle ne prévoit aucune sanction en cas de dépassement du nombre maximal de jours de location par an (120). Cela vient d’un besoin de conformité au droit Européen, nous souhaitons ainsi renforcer la conformité du droit en vigueur aux principes constitutionnels et aux exigences européennes

  • remettre du service public dans l’activité touristique, en créant un service de réservation, permettant de mettre en relation les touristes et les chambres d’hôtes, hôtels et meublés

  • lutter contre l’accumulation de biens immobilier comme moyen spéculatif notamment par le biais d’une taxe progressive ou un renforcement de l’encadrement des loyers


Par Nathan Beyler, Habitant du 3e arrondissement de Paris



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